Analyse qualitative d’interviews : la méthode en six étapes

Les six phases de Braun et Clarke appliquées à un verbatim, le choix entre réflexif et codebook, combien d’interviews il faut, et ce qu’un LLM rate.

5 septembre 2026

Godefroy

Points clés
  • Un thème est un motif de sens que vous construisez, pas un sujet qui attendait dans les transcripts. Un titre qui nomme un sujet, « la communication », n’apprend rien à personne.
  • Les six phases bouclent. Réviser vos thèmes vous renvoie aux codes, et le plus souvent jusqu’aux transcripts, où se fait l’essentiel de l’analyse.
  • Compter les occurrences d’un code transforme une étude qualitative en sondage mal échantillonné. La fréquence répond à une autre question que celle qui a motivé les interviews.
  • Prenez l’analyse thématique réflexive quand vous interprétez seul, et un codebook quand plusieurs personnes codent le même corpus et que la méthode sera auditée.
  • Les modèles de langage codent aussi bien qu’un humain quand le codebook existe déjà, et moins bien sur le ton, sur l’implicite et sur le non-dit.

Quatorze interviews dorment dans un dossier. Chacune a duré quarante minutes, chaque transcript fait neuf ou dix pages, et la restitution est jeudi. La tentation, à ce stade, c’est d’ouvrir les fichiers, de récupérer les cinq citations dont vous vous souvenez déjà et de construire les slides autour. Vous obtenez une présentation que personne ne conteste et dont personne n’apprend rien, parce que les cinq citations que vous avez retenues sont celles qui confirmaient ce que vous pensiez avant de commencer.

L’analyse thématique existe pour éviter ça. C’est aussi la méthode la plus souvent citée et la moins souvent suivie : les articles renvoient à Braun et Clarke, puis présentent la liste des sujets abordés par les participants. Ce sont deux choses différentes, et l’écart entre les deux occupe la plus grande partie de cette page.

L’analyse thématique construit des thèmes, pas une liste de sujets

L’analyse thématique est une méthode pour repérer, construire et restituer des motifs de sens à travers un ensemble de matériaux qualitatifs. Vous codez tout le corpus, vous regroupez les codes qui disent la même chose, et vous construisez des thèmes qui portent un argument. Virginia Braun et Victoria Clarke, deux psychologues alors en poste à l’université d’Auckland et à l’université de l’Ouest de l’Angleterre, en ont posé la version de référence dans un article de 2006 devenu l’un des plus cités des sciences sociales.

« La communication » est un sujet, « l’onboarding », « le prix » et « la confiance » aussi. Un thème affirme quelque chose : les gens lisent le rejet d’une note de frais comme un signal sur le système, pas sur le justificatif qu’ils ont envoyé. On peut être en désaccord avec un thème. On ne peut pas être en désaccord avec « la communication ».

Braun et Clarke appellent résumé de sujet un titre qui se contente de nommer un sujet, et elles en font le défaut le plus fréquent des travaux qui les citent. Dans un article de 2022 sur les erreurs courantes, elles s’en prennent aussi au verbe que tout le monde emploie. Les thèmes n’émergent pas. Lisa Morriss, sociologue à l’université de Liverpool, en a fait le titre d’un éditorial de Qualitative Social Work en 2024, après avoir vu le mot revenir dans les manuscrits reçus. Vous avez construit le thème. Dire qu’il a émergé masque les décisions que vous avez prises et empêche le lecteur de les vérifier.

Deux méthodes voisines se confondent assez souvent avec elle pour mériter d’être séparées.

Analyse thématiqueAnalyse de contenuThéorie ancrée
Le résultatDes thèmes qui portent un argumentDes catégories, le plus souvent comptéesLa théorie d’un processus
Traitement du sensLit ensemble le dit et l’impliciteVous choisissez la surface ou le sens sous-jacent avant de commencerConstruit par codage ouvert, axial puis sélectif
ÉchantillonFixé avant l’analyse, en pratiqueFixé avant l’analyseGuidé par ce qui manque à la théorie en cours
Rapport aux chiffresAucun, le comptage est déconseilléLes fréquences sont le but de la plupart des designsAucun
La demande d’un relecteurUne construction défendable des thèmesDes définitions de catégories fiablesComparaison constante et échantillonnage théorique
Adaptée àInterviews, réponses ouvertes, feedback à toute échelleGros corpus au vocabulaire récurrentUn processus que personne n’a encore décrit

Mahnaz Vaismoradi, chercheuse en sciences infirmières, et ses coauteurs ont tracé la frontière entre l’analyse thématique et l’analyse de contenu en 2013. L’analyse de contenu vous laisse décider à l’avance si vous codez la surface visible du texte ou son sens sous-jacent, quand l’analyse thématique lit les deux à la fois. C’est ce qui la rend adaptée aux interviews, où la moitié de ce qui compte se loge dans ce que la personne a failli dire.

Les six phases, appliquées à un verbatim

Les six phases de Braun et Clarke sont la familiarisation, le codage initial, la recherche de thèmes, la révision des thèmes, la définition et le nommage, puis la rédaction. Elles s’enchaînent dans l’ordre et elles bouclent en arrière. Réviser un thème vous renvoie presque toujours dans les codes, et souvent jusque dans les transcripts. L’essentiel de l’analyse se fait là.

Voici un participant, dans une étude sur les gens qui ont arrêté de déposer leurs notes de frais dans l’outil acheté par leur entreprise.

Maintenant je les fais par paquets. Avant je le faisais le soir même, et puis un justificatif m’est revenu alors qu’il était parfaitement bon, et j’ai dû refaire toute la note. Donc j’attends d’en avoir cinq ou six et je fais tout le dimanche, comme ça si l’un revient je suis déjà assis là.

Familiarisation. Lisez les quatorze transcripts avant d’en coder un seul. Prenez des notes, pas des codes. La note dit que le changement de comportement a une date et une cause, et que la personne raconte l’épisode sans qu’on le lui demande.

Codage initial. Ce seul passage donne quatre codes : fait des paquets pour absorber la reprise, un rejet unique a changé la routine, le coût est de refaire la note, pas le justificatif, le travail est passé sur le temps personnel.

Recherche de thèmes. Sur les quatorze transcripts, fait des paquets pour absorber la reprise se retrouve avec les codes de onze autres personnes : tenir un tableur en parallèle, photographier deux fois les justificatifs, attendre qu’un collègue dépose sa note d’abord. Toutes ces conduites sont des défenses contre le renvoi.

Révision des thèmes. Confrontez le thème candidat aux extraits codés, puis au corpus entier. Deux de ces onze codes décrivent en fait autre chose, une règle interne sur la date des justificatifs, donc vous les déplacez dans un thème à part. Tout le monde saute cette phase, et un thème finit alors par reposer sur les trois citations qui l’ont suggéré.

Définition et nommage. Écrivez deux ou trois phrases par thème, qui disent ce qu’il affirme et où il s’arrête. Si vous n’y arrivez pas sans énumérer les codes, le thème est encore un résumé de sujet. Le nôtre : les gens réorganisent leur travail autour du risque de reprise plutôt qu’autour du travail lui-même, ce qui fait du taux de rejet la variable qui pilote les dépôts, et non la durée du formulaire.

Rédaction. Les citations entrent comme preuves d’une affirmation que vous avez déjà énoncée, jamais à la place de l’affirmation.

graph TD
  A["1. Familiarisation<br/>tout lire, ne rien coder encore"] --> B["2. Codage initial<br/>coder tout le corpus"]
  B --> C["3. Thèmes candidats<br/>regrouper les codes qui affirment la même chose"]
  C --> D["4. Révision<br/>tester chaque thème sur les extraits, puis sur le corpus"]
  D -->|"le thème ne tient pas"| B
  D -->|"le corpus dit autre chose"| A
  D --> E["5. Définir et nommer<br/>deux phrases par thème"]
  E --> F["6. Rédiger<br/>les citations comme preuves, pas comme résultats"]

Le codage, du code ouvert au thème

Coder, c’est attacher une étiquette courte à un passage pour dire ce que ce passage fait, puis regrouper les étiquettes qui font le même point. Un code reste près des mots employés. Un thème se situe un cran au-dessus et prend position. Entre les deux, vous décidez quels regroupements portent le même argument, et cette seule décision fait plus pour la qualité de l’analyse que tout le reste.

L’extrait, c’est ce que la personne a dit. Le code, c’est ce que l’extrait fait. Le thème candidat, c’est ce que plusieurs codes ensemble vous autorisent à affirmer. Seul le thème va sur une slide.

Trois habitudes gardent les codes utilisables.

  • Codez plus large que nécessaire au premier passage. Supprimer un code plus tard ne coûte rien, et s’apercevoir en phase quatre qu’une dimension entière n’a jamais été codée coûte une relecture des quatorze transcripts.
  • Écrivez le code comme une courte proposition avec un verbe, pas comme un nom. Attend qu’un collègue dépose sa note d’abord tient six semaines plus tard. Temporalité ne tient pas.
  • Gardez la trace de provenance de chaque code, pour pouvoir remonter d’un thème jusqu’aux extraits dont il vient. Un relecteur la demandera, et le collègue qui conteste votre conclusion aussi.

Un extrait d’interview, les quatre codes qu’il produit et le thème qu’ils construisent

Analyse thématique réflexive ou codebook

Braun et Clarke, avec la psychologue Nikki Hayfield, distinguent trois familles sous le même nom. Les approches par fiabilité de codage fixent un codebook au départ et mesurent l’accord entre codeurs. Les approches par codebook gardent le codebook structuré et abandonnent la mesure d’accord. L’analyse thématique réflexive traite votre interprétation comme l’instrument, et vous demande d’en rendre compte plutôt que de la moyenner.

Le choix dépend de qui doit accepter le résultat.

Analyse thématique réflexiveCodebook ou fiabilité de codage
Qui codeUn analyste, ou plusieurs qui confrontent leurs lecturesPlusieurs codeurs appliquant les mêmes définitions
Quand le codebook est figéJamais, il bouge jusqu’à la phase cinqAvant la passe de codage principale
Le sens de l’accordUne discussion sur un désaccordUne statistique, en général le kappa de Cohen
Le risque géréCoder ce qu’on croyait déjàLa dérive des codeurs sur un gros corpus
Convient àDiscovery, recherche produit, petite équipeRapport réglementé, étude multicentrique, jury de thèse qui réclame un kappa

L’analyse thématique réflexive convient à la plupart des travaux produit et UX, où une seule personne mène l’étude et où le résultat doit convaincre une équipe plutôt qu’un relecteur. Bien sûr, certains contextes ont vraiment besoin d’un kappa : un rapport clinique ou réglementé codé à plusieurs, et toute étude dont la méthode sera contestée ligne à ligne. Ce que Braun et Clarke reprochent, c’est d’emprunter la statistique sans le design qui lui donne un sens, ce qu’elles appellent l’infiltration positiviste.

graph TD
  A["Qui doit accepter vos résultats ?"] --> B{"La méthode sera-t-elle auditée ?"}
  B -->|"Un jury, un régulateur, une revue"| C{"Combien de personnes codent ?"}
  B -->|"Votre équipe, vos parties prenantes"| D["Analyse thématique réflexive"]
  C -->|"Plusieurs, sur le même corpus"| E["Fiabilité de codage, avec kappa"]
  C -->|"Un seul analyste"| F["Approche par codebook, documentée"]

Combien d’interviews avant de s’arrêter

Il n’y a pas de nombre fixe. La douzaine que tout le monde cite vient d’une étude dont le design ne ressemble pas à celui de la plupart des équipes. Une douzaine d’interviews couvre bien un groupe homogène interrogé sur le même guide, un point que développe notre méthode de guide d’entretien. Au-delà, jugez le matériau plutôt que le compte.

La saturation est la justification habituelle, et Braun et Clarke plaident contre son usage en analyse thématique réflexive. Leur objection est structurelle : la saturation suppose que le sens se trouve dans les données et qu’on finit par l’épuiser, quand l’analyse thématique réflexive suppose que vous le construisez. Dans ce cadre, rien ne s’épuise, et affirmer que les nouveaux thèmes ont cessé d’apparaître en dit plus long sur l’attention de l’analyste que sur le corpus.

Kirsti Malterud, médecin généraliste et chercheuse à l’université de Bergen, et ses coauteurs ont proposé un remplaçant utilisable en 2016. La puissance informationnelle est simple : plus votre échantillon porte d’information pertinente, moins il vous faut de participants. Elle repose sur cinq critères vérifiables : l’étroitesse de votre objectif, la spécificité de l’échantillon, l’appui ou non sur une théorie établie, la qualité du dialogue pendant les interviews, et le fait d’analyser en travers des cas ou en profondeur dans chacun.

En pratique, la qualité des interviews déplace ce nombre plus que tout le reste. Huit conversations où les gens ont raconté ce qu’ils ont vécu valent mieux que vingt où ils ont donné un avis, et notre banque de questions ouvertes pour la recherche qualitative existe parce que la manière de demander décide laquelle des deux vous obtenez.

Les erreurs qui vident une analyse

Quatre défaillances font l’essentiel des dégâts, et aucune ne se voit dans la présentation finale. Nommez-les avant de commencer plutôt qu’après.

Coder ce qu’on cherchait déjà. Vous aviez une hypothèse, vous avez écrit le guide autour, et le codebook contient maintenant un code par hypothèse. Tout le reste des transcripts tombe hors du codebook et disparaît. La vérification est mécanique : comptez combien de vos codes finaux existaient dans votre tête avant d’ouvrir les transcripts. Un nombre élevé signifie que vous avez fait un questionnaire avec des étapes en plus.

Compter les occurrences. « Neuf participants sur quatorze ont mentionné l’onboarding » ressemble à une preuve et n’en est pas une. Quatorze personnes à qui on parle d’onboarding mentionneront l’onboarding, et une prévalence dans un échantillon raisonné de quatorze ne dit rien de la prévalence ailleurs. La fréquence répond à une question pour laquelle l’interview n’a jamais été la bonne méthode, comme le détaille notre comparaison des méthodes d’étude qualitative.

Sauter la phase de révision. Un thème candidat bâti sur trois extraits frappants tient jusqu’à ce que vous le relisiez contre les quatorze transcripts. La phase quatre existe pour ça, et elle saute la première quand la restitution est jeudi.

Présenter des sujets comme des thèmes. Si vos résultats ont des titres qu’un inconnu aurait pu écrire avant l’étude, vous avez produit le sommaire de votre guide d’entretien. Un thème affirme quelque chose, et le test consiste à vérifier qu’on peut être en désaccord avec le titre lui-même.

À la main, dans un outil, ou avec un modèle de langage

À la main, ça tient jusqu’à une dizaine de transcripts, dans un tableur à une ligne par extrait. Au-delà, un outil de codage justifie sa licence en conservant la provenance du thème jusqu’à la citation. Un modèle de langage code aujourd’hui à peu près aussi bien qu’une personne quand le codebook existe déjà, et nettement moins bien quand il n’existe pas.

La meilleure preuve disponible est une comparaison en aveugle publiée dans PLOS Digital Health en avril 2026 par Callum Hill, chercheur à l’université de Southampton, et ses coauteurs. Trois modèles ont codé le transcript d’un focus group face à deux analystes humains en aveugle, avec un panel d’experts comme référence. Sur le codage déductif, les modèles rejoignent le panel dans 93,5 % des cas contre 92,7 % pour les humains, et les deux camps obtiennent un kappa de 0,34. Le kappa est le chiffre à retenir : l’accord sur cette tâche est faible, pour les modèles comme pour les humains, donc traitez toute passe de codage comme un brouillon.

L’analyse inductive donne un autre résultat. Un seul des trois modèles atteint la non-infériorité, les hallucinations restent basses à 1,2 %, et le taux d’erreur global monte à 12,4 %. Les modèles décrochent précisément sur les nuances relationnelles et le sens latent, sur l’affect, et sur ce que les participants sous-entendent sans le dire. Vous aviez choisi l’interview justement pour ces parties-là.

Deux problèmes pratiques s’ajoutent à la question de l’exactitude. Une fenêtre de chat ne vous laisse aucune trace du thème vers les extraits qui l’ont produit, donc plus rien ne soutient le résultat quand on appuie dessus. Et coller des transcripts de participants dans un produit grand public pose en général un problème de consentement et de RGPD, quelle que soit la qualité de l’analyse. Notre comparaison des logiciels d’analyse qualitative couvre les outils qui gardent cette trace, dont plusieurs qu’un agent peut piloter directement.

La méthode qui tient est étroite : laissez le modèle faire la première passe descriptive, relisez chaque code qu’il a écrit contre l’extrait dont il vient, et faites vous-même les phases trois à cinq. Vous économisez les heures mécaniques et l’interprétation reste là où un relecteur s’attend à la trouver.

L’analyse commence pendant l’interview

Une analyse thématique ne vaut que ce que valent ses transcripts, et trois choses rendent un transcript codable : les locuteurs sont séparés, les passages sont horodatés, et les mots sont ceux qui ont été prononcés. Vous ne pouvez pas coder un résumé d’interview, puisque les codes porteraient sur l’interprétation de quelqu’un plutôt que sur les mots du participant.

Deux habitudes de praticiens font la différence avant tout codage. Steve Portigal, chercheur et auteur d’Interviewing Users, recommande d’écrire un résumé à chaud juste après chaque session, parce que plus vous attendez, plus les interviews se mélangent. Indi Young, chercheuse spécialiste de l’empathie cognitive, précise ce qu’il faut collecter : la pensée intérieure, les réactions émotionnelles et les principes directeurs, plutôt que les opinions et les constats. Des transcripts pleins d’opinions produisent des résumés de sujets, quelle que soit la méthode appliquée ensuite.

Raconte produit exactement ce genre de transcript. Une IA mène l’interview sous forme de conversation vocale, relance quand une réponse reste vague, et rend le transcript avec les rôles séparés, un horodatage sur chaque message, l’audio associé, un résumé et un sentiment sur chaque message du participant. Rien à retranscrire, et rien de perdu entre l’enregistrement et le codage.

Questions fréquentes

Qu’est-ce que l’analyse qualitative ?

L’analyse qualitative est le travail qui transforme des matériaux non chiffrés, interviews, réponses ouvertes, notes de terrain, en résultats qu’on peut défendre. Vous lisez l’intégralité du corpus, vous attachez des codes aux passages, puis vous construisez des thèmes qui affirment quelque chose sur ce qui se passe. Plusieurs méthodes couvrent ce travail : l’analyse thématique pour les motifs de sens, l’analyse de contenu pour des catégories comptées, la théorie ancrée pour construire la théorie d’un processus. Pour des interviews, l’analyse thématique est le choix par défaut, parce qu’elle lit ensemble ce qui est dit et ce qui est sous-entendu.

Quelles sont les six étapes de l’analyse thématique ?

Braun et Clarke en décrivent six : la familiarisation avec les données, le codage initial, la recherche de thèmes, la révision des thèmes, la définition et le nommage des thèmes, puis la rédaction. Les versions en cinq étapes qui circulent fusionnent en général la définition et la rédaction. Ces phases sont récursives plutôt que linéaires : la phase quatre vous renvoie couramment à la phase deux, et parfois jusqu’aux transcripts. Le compte importe moins que la phase qu’on abandonne, à savoir la révision, où chaque thème candidat est confronté aux extraits codés puis au corpus entier.

Qu’est-ce qu’un verbatim, avec un exemple ?

Un verbatim est un extrait de parole restitué mot pour mot, sans reformulation, avec l’hésitation et la syntaxe orale du participant. Exemple : « Maintenant je les fais par paquets. Avant je le faisais le soir même, et puis un justificatif m’est revenu alors qu’il était parfaitement bon. » L’analyse verbatim consiste à coder ces extraits, pas à les résumer. Un résumé perd exactement ce qui permet de coder, l’ordre du récit, les mots choisis et ce que la personne finit par ne pas dire. C’est pourquoi un transcript fidèle vaut mieux qu’un compte rendu, même bien écrit.

Quelle est la différence entre analyse thématique et analyse de contenu ?

L’analyse de contenu vous laisse décider avant de commencer si vous codez la surface visible du texte ou son sens sous-jacent, et elle aboutit le plus souvent à des catégories comptées. L’analyse thématique lit le dit et l’implicite ensemble, et aboutit à des thèmes qui portent un argument plutôt qu’une fréquence. Le choix suit le corpus : l’analyse de contenu convient aux grands volumes de texte au vocabulaire récurrent, où compter a un sens, et l’analyse thématique convient aux interviews, où quatorze personnes disent la même chose de quatorze manières et où le compte n’apprendrait rien.

ChatGPT peut-il faire une analyse thématique ?

Il peut en faire une partie, sous supervision. Une comparaison en aveugle publiée dans PLOS Digital Health en avril 2026 montre que les modèles de langage rejoignent les analystes humains sur le codage déductif à partir d’un codebook existant, 93,5 % d’accord contre 92,7 %, les deux camps à un kappa de 0,34. Sur l’analyse inductive, un seul modèle sur trois atteint la non-infériorité, avec 12,4 % d’erreurs, et tous décrochent sur le ton, l’implicite et le non-dit. Une fenêtre de chat ne garde par ailleurs aucune trace du thème vers ses extraits, et coller des transcripts de participants dans un produit grand public pose un problème de consentement.

Qu’est-ce que l’analyse thématique réflexive ?

L’analyse thématique réflexive est la version que Braun et Clarke développent depuis 2006, et celle qu’elles recommandent aujourd’hui. Elle rejette l’idée que les thèmes attendent dans les données et les traite comme des constructions que vous faites depuis votre position, vos connaissances et votre lecture. Le codebook continue de bouger jusqu’à la définition des thèmes, l’accord entre codeurs est une discussion plutôt qu’une statistique, et la rédaction dit qui est l’analyste et comment cela a orienté l’interprétation. Elle convient mieux à un chercheur seul qui creuse qu’à une équipe codant un gros corpus selon un schéma figé.

Combien d’interviews faut-il pour une analyse thématique ?

Une douzaine couvre un groupe homogène interrogé sur le même guide, et ce nombre bouge avec l’étroitesse de votre question. Braun et Clarke déconseillent de justifier un échantillon par la saturation en analyse thématique réflexive, puisque rien ne s’épuise quand on construit le sens au lieu de le trouver. Kirsti Malterud et ses coauteurs proposent à la place la puissance informationnelle : il faut moins de participants quand l’objectif est étroit, que l’échantillon lui est spécifique, qu’une théorie établie encadre l’étude, que les interviews sont allées en profondeur et que l’analyse reste à l’intérieur des cas. La qualité des interviews déplace ce nombre plus que tout le reste.

Par où commencer

Si les transcripts existent déjà, commencez par la phase un et lisez-les tous avant d’en coder un seul. Cette seule discipline retire l’essentiel du biais de confirmation, et elle coûte un après-midi. Choisissez ensuite votre famille selon qui doit accepter les résultats, codez tout le corpus plutôt que les passages mémorables, et traitez la phase quatre comme du travail plutôt que comme une formalité.

Si les transcripts n’existent pas encore, c’est la moitié difficile. Caler quatorze conversations prend plus de temps que de les analyser, ce qui explique le nombre d’études qui s’arrêtent à six. Raconte mène les interviews à votre place : vous écrivez le guide une fois, vous envoyez un lien, et chaque personne parle quelques minutes quand ça l’arrange, en français ou en anglais. Chaque conversation revient sous forme de transcript horodaté et séparé par locuteur, avec l’audio, un résumé et un sentiment par message, prêt à coder à la main ou à importer dans n’importe quel outil. Les 60 premières minutes de chaque mois sont gratuites et sans carte bancaire, puis c’est 0,10 € la minute de parole active, et la page tarifs donne le reste.

Avant l’une ou l’autre, ce sont les questions qui décident de ce qu’il y aura à analyser. Notre méthode de guide d’entretien transforme un objectif de recherche en un guide de deux pages, et nos 45 questions ouvertes sont classées par ce que vous cherchez à apprendre.

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